Fin du remboursement pour les soins prescrits par des médecins non conventionnés : vers un bouleversement dès 2027 ?
Le vent souffle du changement sur les remboursements de soins en France. Préparez vos agendas et, peut-être, vos portefeuilles : à compter du 1er janvier 2027, les prescriptions des médecins non conventionnés pourraient bien ne plus ouvrir droit à aucun remboursement par la Sécurité sociale. Un tremblement discret – pour l’instant – mais aux répliques potentielles pour certains patients et praticiens… Décryptage d’une mesure qui provoque déjà débats et réflexions.
De quoi s’agit-il ? Un amendement passé (presque) inaperçu
En commission, à l’occasion de l’examen du budget de la Sécurité sociale (PLFSS 2026, pour les adeptes du sigle), les députés ont approuvé un amendement pour le moins radical : si le texte final confirme la tendance, les soins prescrits par des médecins non conventionnés – ces fameux « secteur 3 », derniers Gaulois refusant le cadre de l’Assurance maladie – ne seront plus remboursés à partir du 1er janvier 2027.
Jusqu’à présent, la situation était déjà peu reluisante pour les patients de ces praticiens : s’ils pouvaient espérer quelques centimes remboursés sur la consultation grâce au « tarif d’autorité » (de 0,43 à 0,61 € chez un généraliste, de 0,85 à 1,22 € chez un spécialiste – à peine de quoi s’offrir un bonbon à la sortie), les ordonnances restaient traitées comme venant de médecins « secteur 1 » et ouvraient droit au remboursement normal des médicaments ou examens prescrits. Avec la mesure envisagée, même cet avantage disparaîtrait.
Quelle justification ? Responsabiliser et clarifier
Pourquoi ce mouvement de serrage de vis ? Thibault Bazin (LR), rapporteur général, ne cache pas la philosophie sous-jacente :
- Responsabilisation des prescripteurs : un message clair envoyé à ceux qui choisissent de rester hors du cadre conventionnel.
- Alignement des pratiques : la logique est d’uniformiser la prise en charge, dans un souci de maîtrise des dépenses et de clarification des règles.
- Effet d’entraînement recherché : l’idée est aussi d’inciter les derniers réfractaires à rejoindre la convention, pour sécuriser l’accès financier aux soins et limiter les fameuses « zones grises ».
« Il y a un enjeu de responsabilisation des prescripteurs », affirme le rapporteur. Mais, nuance-t-il, l’impact brut resterait tout relatif : seuls 927 médecins étaient non conventionnés en 2024, d’après les chiffres cités.
Quels changements concrets pour les patients ? Les zones d’ombre à la loupe
Très concrètement, que se passerait-il dès 2027 pour les patients passant par ces praticiens désormais dans le collimateur ?
- Une ordonnance rédigée par un médecin non conventionné ne permettrait plus d’obtenir le remboursement, par l’Assurance maladie, des soins qui s’en suivraient. Un examen médical coûtant près de 100 € pourrait alors, dans certains cas, n’être remboursé ni par la Sécurité sociale ni par la complémentaire santé, selon les garanties souscrites.
- Résultat : les patients devront compter davantage sur leur mutuelle ou… sur leur propre porte-monnaie, si les garanties sont faibles ou le contrat mal adapté. Bonjour, le casse-tête !
Du côté des acteurs du secteur, la vigilance sera donc de mise :
- Les assureurs et complémentaires santé risquent d’être sollicités ou amenés à revoir leurs contrats.
- Le choix du praticien deviendra un peu plus stratégique pour les patients, surtout ceux pour qui l’accès financier aux soins est crucial.
- Les médecins non conventionnés pourraient être tentés de rallier le cadre conventionnel pour ne pas risquer de perdre leur patientèle.
Une réforme encore en débat… et des inconnues à lever
Attention, cette grande révolution annoncée n’a encore rien d’acquis : la mesure n’a passé que l’étape de la commission. Elle pourra être amendée, retravaillée, voire écartée lors des débats dans l’hémicycle et au gré de la navette parlementaire. Le texte final, et le sort réservé à ce fameux amendement, restent donc à surveiller de près.
À noter aussi que le dispositif ne concerne nullement les médecins dits « secteur 2 », ces conventionnés autorisés à pratiquer des dépassements d’honoraires : rien ne change pour eux, leurs patients continueront à être remboursés sur la base Sécu, avec éventuel complément de la mutuelle selon le contrat.
En résumé : si la mesure était adoptée en l’état, elle bouleverserait le choix – des patients comme des praticiens – en matière de prescription et de conventionnement. Le pouvoir d’achat, la liberté tarifaire et l’équilibre des règles sont au cœur du débat. Une période d’adaptation serait alors prévue jusqu’en 2027…
La morale de cette histoire ? D’ici là, que vous soyez patient, médecin ou assureur, surveillez les débats parlementaires et tenez-vous prêts à ajuster le tir. Après tout, la santé n’attend pas… et le législateur, lui, marche parfois à grandes enjambées !



