Vous trouvez les embouteillages infernaux ? Attendez de tenter un voyage spatial… à la vitesse de la lumière ! Si la science-fiction vous a habitué·e à sauter de planète en planète d’un claquement de doigts, la réalité cosmique remet vite les pendules à l’heure : sortir de notre système solaire ? Mission (presque) impossible ! Plongeons ensemble dans cette épopée tout en photons et en années-lumière, où même voyager vers Jupiter devient un exercice de patience cosmique.

La lumière : fusée instantanée… ou presque

Dans l’espace, rien, absolument rien ne va plus vite que la lumière. Les photons traversent le vide à 299 792 458 mètres par seconde, cette fameuse vitesse de près de 300 000 km/s qui semble défier l’entendement. Mais aussi rapide soit-elle, cette allure vertigineuse prend une dimension toute différente à l’échelle du cosmos. Non, la lumière ne détale pas aussi instantanément qu’on le croit et, dans l’immensité sidérale, même elle doit parfois… prendre son mal en patience.

La science-fiction aime s’affranchir de ces lois : voyages supraluminiques « à la Star Wars », trous de ver ou téléportations audacieuses. Hélas, dans la vraie vie, quitter son coin d’Univers devient tout de suite un projet beaucoup moins fun et clairement plus chronophage.

Josh Worth, ou l’art de rendre l’espace lent (et fascinant)

Pour appréhender la patience exigée par les voyages spatiaux, rien de tel que l’animation créée par Josh Worth en 2014. Sur son site, on peut « suivre » en temps réel un photon quittant le Soleil et traversant le système solaire. À près de 300 000 km par seconde, on pourrait croire que les étapes s’enchaînent… En réalité, c’est un balai d’attente.

  • 8 minutes pour la lumière du Soleil à la Terre ! (Vous pensiez déjà que le micro-ondes était long…)
  • 43 minutes pour toucher Jupiter : la plus grosse planète du système solaire mérite bien une arrivée en fanfare, et surtout en patience.
  • 160 minutes, soit 2 h 40 pour Uranus. On vous laisse deviner pour Neptune et Pluton, histoire de garder un peu de suspense.

Heureusement, Josh Worth ajoute des petites anecdotes pour tromper l’ennui lors de ces longues traversées interplanétaires. Et si vous voulez accélérer ? Il a tout prévu : un ascenseur horizontal ou un téléporteur pour chaque planète vous attendent au tournant.

Et pour les esprits joueur·euses : impossible de s’ennuyer, on peut convertir ces distances en unités délirantes ! Kilomètres, miles, unités astronomiques, mais aussi (pour la plaisanterie) : bus, pixels, baleines bleues, planètes Terre ou même Grandes Murailles de Chine.

Quitter le système solaire : mission (im)possible ?

L’animation de Worth reste cantonnée au système solaire. Or, ce dernier n’est qu’une poussière dans une galaxie riche de centaines de milliards d’étoiles, elle-même dans un univers de milliards de galaxies. Le voisin le plus proche, Alpha du Centaure, se situe à 4,37 années-lumière – oui, des années, pas des minutes. Imaginez l’attente sur le site si on simulait ce trajet…

Pour prendre la mesure du défi, il suffit de regarder Voyager 1 : la sonde, partie en 1977, a déjà franchi plus de 21,5 milliards de km (soit 20 heures-lumière, ou 144 fois la distance Terre-Soleil) en 2019. Et pourtant, elle n’a fait que dépasser la limite du système solaire, appelée « héliopause ».

  • Les sondes comme Voyager 1 se déplacent à peine à une fraction de la vitesse de la lumière, même avec l’aide de la gravité des planètes.
  • Voyager 1, par exemple, va à 17 km/s par rapport au Soleil. À ce rythme, elle ne croisera aucune autre étoile avant… 40 000 ans. (Elle passera alors à 1,6 année-lumière du prochain voisin céleste.)
  • La sonde Parker détient le record de vitesse à 147 km/s, mais même ainsi, le trajet vers Alpha du Centaure prendrait près de 9 000 ans.

Vous voyez le tableau. Les prouesses technologiques actuelles rendent Alpha du Centaure et les autres étoiles lointaines quasiment inaccessibles. Même avec des technologies futuristes, un tel voyage prendrait des dizaines d’années.

Pourquoi l’immensité de l’espace nous cloue sur place

Deux réflexions surgissent face à cette démesure :

  • Rien ne garantit que l’humanité puisse quitter un jour son berceau solaire. Coloniser les planètes voisines ? Peut-être, avec de la chance. Mais pour aller voir les étoiles d’à côté, il faudra patienter. Beaucoup. Et encore, on ne parle pas d’un aller-retour…
  • Cette immensité s’impose autant à nous qu’aux hypothétiques extraterrestres. À moins d’imaginer des civilisations ultra-avancées, classées très haut sur l’échelle de Kardashev (au fait, où sont-elles cachées ? Si puissantes, leurs traces devraient sauter aux yeux, non ?).

Cette question rejoint le fameux paradoxe de Fermi. Peut-être ne sommes-nous pas seuls, mais l’écrasante majorité de l’univers se charge de nous isoler. Alors, si des visiteurs venus d’ailleurs parviennent jusqu’ici, il faudrait sans doute leur remettre le trophée du plus grand voyageur (malgré quelques ratés à l’atterrissage, façon Roswell).

En somme : la prochaine fois qu’on vous parle de « distance astronomique »… sachez qu’il n’y a rien de plus littéral. Préparez le pop-corn (et une bonne série) avant d’espérer voir les confins de notre galaxie !