Se réveiller chaque matin dans une nouvelle ville, petit déjeuner dans un salon feutré de gare, puis travailler tout en regardant le paysage défiler à toute allure : non, ce n’est pas le scénario d’une publicité pour abonnement ferroviaire, mais bien le quotidien atypique de Lasse Stolley. À 24 ans, ce jeune Allemand a fait des rails son foyer et de la dérive son mode de vie, cumulant l’incroyable distance de 650 000 kilomètres en moins de deux ans. Soyez prêts à embarquer pour un voyage où la liberté se conjugue avec premières classes… et parfois, sièges d’aéroport !

L’enfant (presque) ordinaire devenu nomade sur rails

Rien, absolument rien ne prédestinait Lasse Stolley à une telle odyssée. Dans son enfance, pas de train miniature ni de posters de locomotives sur les murs de sa chambre. À peine deux trajets sur l’ICE, le célèbre TGV allemand, à mettre à son actif avant la grande révolution de sa vie. Après avoir quitté le lycée, le jeune homme prévoyait de suivre un apprentissage en programmation, projet tombant finalement à l’eau. Mais le hasard a de ces tours de roues : un documentaire sur une personne vivant dans les trains capte son attention. « J’ai pensé que je pouvais faire pareil », confie-t-il à l’AFP, sourire aux lèvres.

Convaincu par l’idée, Lasse annonce son projet à ses parents. Eux tentent d’abord de le dissuader, oscillant entre scepticisme et inquiétude. Mais comprenant la détermination du fils, ils choisissent de l’accompagner dans ce pari un peu fou.

Mode d’emploi d’une vie sur rails

C’est ainsi que débute son aventure, au départ de Fockbeck, sa petite ville natale du nord de l’Allemagne, tout près de la frontière danoise. Premier itinéraire ambitieux : Fockbeck-Hambourg, puis un train de nuit vers Munich au sud. Les débuts ne sont pas une sinécure. Lasse a du mal à trouver le sommeil à bord et repasse souvent chez ses parents pour recharger ses batteries.

Mais l’habitude s’installe vite. Lasse s’organise autour de quelques principes simples :

  • Un sac à dos de 30 litres, et rien de plus.
  • Un abonnement première classe Deutsche Bahn, coûtant 5 888 € et ouvrant droit à la sacro-sainte liberté sur tout le réseau.
  • Un accès illimité aux salons de gare, oasis modernes où il mange gratuitement, lave ses vêtements dans les lavabos (qu’il fait sécher la nuit dans le train), se brosse les dents et se débarbouille.
  • Pour la douche, direction la piscine la plus proche de la gare. Un brin d’organisation, un zeste d’astuce, et le tour est joué !

Ce style de vie, aussi singulier soit-il, réserve à Lasse un confort particulier : les sièges de première classe deviennent ses nouveaux matelas de choix. À tel point qu’il avoue désormais avoir du mal à dormir dans un vrai lit : « Le balancement du train me manque », avoue-t-il, sans complexe.

Travailler, aimer, galérer… et recommencer !

Lasse n’est pas qu’un passager oisif. Avec son emploi à temps partiel en tant que développeur indépendant pour une petite start-up, il profite de la connexion et du mobilier douillet pour travailler tout en voyageant. « J’aime pouvoir simplement regarder par la fenêtre, voir le paysage défiler rapidement… et explorer chaque coin de l’Allemagne », raconte-t-il. Voyager utile, en somme.

La chance lui sourit même côté cœur : c’est dans le salon première classe de la gare de Cologne qu’il rencontre l’âme sœur. Comme quoi, il y a de vraies rencontres sur la voie 7.

La vie de nomade ferroviaire n’est pourtant pas sans secousses : retards récurrents, pannes et “joies” du réseau allemand, souvent décrié pour son état après des années de sous-investissement. « Les retards et autres problèmes sont quotidiens », reconnaît-il volontiers. Et quand, en 2023 et début 2024, les grèves paralysent le pays, notre voyageur doit dormir dans les aéroports. Un comble pour un amoureux du rail, mais qui n’entame en rien son enthousiasme.

Un horizon toujours ouvert

Combien de temps encore cette aventure va-t-elle durer ? Difficile à dire, même pour lui : « Cela pourrait être un an, cela pourrait être cinq », répond Lasse sans se départir de son flegme. Et pour l’instant, il s’amuse bien, profitant de chaque journée pour découvrir un nouveau coin ou une facette inédite de la vie allemande.

En définitive, Lasse Stolley incarne cette part de nous qui rêve de liberté sans contrainte, et qui ose la vivre — à 250 km/h, dans le sens de la marche ou pas. Et si, le matin, le balancement d’un train manque à votre réveil, inspirez-vous peut-être de son audace pour réinventer, vous aussi, vos chemins tout tracés !