Tempête diplomatique en Asie : Pékin déconseille le Japon à ses citoyens, suite à des propos choc sur Taïwan. Un feuilleton où tensions, polémiques et alertes de sécurité rythment un automne survolté dans la région.

Des propos qui embrasent la région

Tout commence le 7 novembre, lorsque Sanae Takaichi, toute nouvelle cheffe du gouvernement japonais, prononce devant le Parlement des mots qui pèsent lourd. Interrogée sur l’éventualité d’une crise à Taïwan, elle ne tourne pas autour du pot : « Le déploiement de navires de guerre et le recours à la force pourraient constituer une menace pour la survie du Japon. Nous devons envisager le scénario du pire. » Les analystes s’emballent. Traduction : le Japon, d’habitude prudemment pacifiste, pourrait-se ranger militairement derrière Taïwan si la situation dégénérait – ce qui, Pékin, vous l’aurez deviné, n’a pas du tout apprécié.

Il faut dire que Taïwan, située à un jet de pierre (cent kilomètres tout au plus) d’une île nippone, occupe une place stratégique. Pékin revendique haut et fort la souveraineté sur ce territoire, n’excluant pas un recours à la force.

Pékin contre-attaque : avertissement sans frais (ni frais d’annulation)

Dans la foulée, la réaction chinoise ne se fait pas attendre. Vendredi 14 novembre, sur les réseaux sociaux, l’ambassade de Chine au Japon tonne : « Récemment, des dirigeants japonais ont tenu des propos ouvertement provocateurs à l’égard de Taïwan, nuisant gravement au climat des échanges entre les peuples. »

Le ministère chinois des affaires étrangères, l’ambassade et les consulats reprennent le mégaphone : il est officiellement conseillé aux citoyens chinois d’« éviter de se rendre au Japon dans un avenir proche », invoquant des « risques importants » pour leur sécurité. Les voyages d’automne au pays du soleil levant tombent à l’eau, aussi brutalement qu’une averse sur Tokyo en juin.

Dans la foulée, les compagnies aériennes chinoises Air China, China Southern et China Eastern allument le gyrophare du remboursement. Dès samedi, elles annoncent, chacune dans leur coin, que les billets à destination du Japon, datés du 15 novembre au 31 décembre, pourront être remboursés intégralement ou échangés sans le moindre frais. De quoi donner des idées à certains sites de réservation…

Le bal des convocations et des déclarations musclées

Pékin ne s’arrête pas là. Considérant les propos de Sanae Takaichi comme « extrêmement graves », la Chine convoque l’ambassadeur du Japon. Ambiance tendue. De son côté, Tokyo botte en touche et applique la réciproque : l’ambassadeur de Chine est lui-même prié de répondre après ce qui est qualifié de « menace extrêmement inappropriée » émanant du consul général de Chine à Osaka, Xue Jian.

Ce dernier s’est illustré dans un message, certes effacé depuis, publié sur X. Il y évoquait, en citant un article sur les propos de Mme Takaichi, la volonté de « couper cette sale tête sans la moindre hésitation ». De quoi faire monter la pression d’un cran.

Côté japonais, on tente de temporiser. Vendredi, Tokyo assure que sa position sur Taïwan reste « inchangée » et prône « la paix et la stabilité ». Mais avec un échange d’amabilités de ce calibre, difficile de nier l’effritement du climat diplomatique.

Des répercussions immédiates et une poignée de regrets

L’avertissement lancé par la Chine produit un effet boule de neige. Samedi, juste après l’alerte de Pékin, Minoru Kihara, secrétaire général du gouvernement japonais, déplore une recommandation « en contradiction avec la promotion d’une relation stratégique et mutuellement bénéfique » entre les deux pays, selon l’agence Jiji Press. Bref, il espérait probablement autre chose qu’un effondrement du tourisme chinois pour la saison hivernale…

  • Annulations et remboursements en cascade pour les vols Chine-Japon
  • Convoquations d’ambassadeurs à tour de rôle
  • Déclarations tranchantes et échanges tendus sur les réseaux sociaux

Du côté du public, qu’on soit amateur de sakura, d’électronique ou de sushis, l’ambiance n’est pas à la détente. Les avertissements pleuvent, mais chacun attend le prochain épisode.

Le conseil du jour : si vous pensiez profiter d’un automne paisible entre le Fuji et les temples de Kyoto, vérifiez les dernières recommandations de votre ambassade avant de réserver. Dans la région, la météo géopolitique reste orageuse…