C’est confirmé : comment une grand-mère iséroise a protégé deux militaires dans sa grange et marqué l’histoire des chasseurs alpins
C’est confirmé : comment une grand-mère iséroise a protégé deux militaires dans sa grange et marqué l’histoire des chasseurs alpins
On ne se méfie jamais assez des granges. Derrière leurs poutres anciennes, certaines ont vu passer bien plus que du foin et des veaux : elles ont accueilli des héros, abrité la Résistance, participé à la grande histoire. Plongeons dans l’aventure de femmes et d’hommes ordinaires devenus extraordinaires dans la tourmente de la guerre !
Des grands-parents venus d’ailleurs, un foyer en Isère
En remontant le fil d’une histoire familiale, on croise la destinée de Gio-Battista Offreddi et Maria-Giacoma Gervasoni, venus d’Italie s’installer d’abord dans l’Est de la France, puis à Paris, avant que la grand-mère, séparée du grand-père, prenne racine à Autrans avec ses six enfants. Là, dans cette ferme nommée Ebertière, la vie était rude, sans électricité – des bougies en guise de soleil domestique, et une sainte de grand-mère pour veiller sur la tribu.
Une grange, un refuge… et des résistants
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la région vit défiler les militaires et les drames. Le grand-père paternel, lui, bûcheron d’Italie devenu livreur de charbon à Villard-de-Lans, devait composer avec le destin – et une famille où toutes les filles travaillaient dans la restauration, les garçons dans la forêt ou sur les chantiers. Puis vint la guerre et ses choix déchirants.
Jacques Paul Carminati, le père de cette saga, avait rencontré Irma Claire dans le Vercors. Malgré les mises en garde familiales, il rejoint la compagnie Goderville, composée de chasseurs alpins. Mais lors d’une tentative de visite à sa famille, il est arrêté par les Allemands, torturé puis fusillé, réduit à devoir creuser son propre trou au lieu-dit Fenat. Il laisse derrière lui une épouse et deux enfants en bas âge.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là : la grand-mère maternelle, entre deux lessives et mille attentions, va s’engager à sa façon. À Ebertière, la ferme sans électricité, le foyer devient un abri discret pour des militaires en fuite qui trouveront, grâce à la solidarité et l’intelligence des femmes, un toit temporaire et un repas chaud. La grange devient alors un minuscule sanctuaire où la guerre se vit à coups de silence et de courage.
Le Vercors, théâtre de la Résistance et berceau de légendes
Le Plateau du Vercors n’accueillait pas seulement des familles émigrées ou des travailleurs de la terre ; il sera, dès 1943, un haut lieu de la Résistance. On y vit s’installer les premiers camps de maquisards, composés de jeunes réfractaires au STO, puis de véritables unités armées, comme la compagnie Goderville. Ces chasseurs alpins, dont Jacques Paul Carminati fit partie, participèrent à l’organisation militaire clandestine et à des combats face aux troupes allemandes, jusqu’aux ultimes et tragiques luttes de l’été 1944.
Dans le sillage de ces événements, la stèle de Fenat et d’autres monuments de la région rappellent que le sacrifice fut partagé : les noms de Léon Gauthier, Pascal Louis Ronza, Henri Magnat, et Marcel Bathelot y côtoient celui de Carminati, marquant la mémoire locale d’une empreinte indélébile.
- Solidarité familiale et villageoise : la protection de résistants et militaires fut possible grâce à des réseaux féminins et des foyers anonymes.
- Transmission et mémoire : une génération éduquée ensuite à l’orphelinat, poussée par la guerre vers de nouveaux horizons (ici, un engagement dans l’Armée de l’Air et comme parachutiste).
Conclusion : la petite histoire tisse la grande
Dans cette région d’Isère, derrière chaque grange, chaque ferme, se joue la partition muette des modestes qui, refusant la peur, sont devenus les alliés silencieux de la Liberté. Le Vercors ne serait pas ce haut-lieu de la Résistance sans la générosité opiniâtre des grands-mères, sans la bravoure des familles déracinées, sans la mémoire entretenue années après années. Saison après saison, en chaque veilleuse de ferme, perce la lumière têtue de la Résistance : que le souvenir de ces “saines” grand-mères nous serve de guide face aux épreuves du temps présent.



