Une poursuite dans les rues, un lent panoramique sur un visage, et quelque chose paraît soudain étrange. Les contours sont nets, les mouvements presque trop propres, mais le film ressemble davantage à une émission tournée en studio. Le téléviseur fonctionne pourtant normalement : c’est son traitement du mouvement qui change la perception.

Cette fonction porte plusieurs noms. Samsung l’affiche notamment sous « Auto Motion Plus » ou dans les « Paramètres de clarté de l’image » selon les générations. Chez LG, elle se trouve généralement sous l’appellation « TruMotion ». Son état initial varie avec le modèle, le pays, la source et le mode d’image : elle peut être active sur de nombreux préréglages Standard ou Dynamique, réduite ailleurs, et coupée dans certains modes Cinéma ou Filmmaker.

Des images créées entre les images

La plupart des films de cinéma sont présentés à 24 images par seconde. L’interpolation analyse deux images successives, estime le déplacement des objets et fabrique une ou plusieurs étapes intermédiaires. L’écran ne restaure donc pas une information cachée dans le fichier : son processeur la calcule.

Le procédé peut rendre un match, un travelling sportif ou un programme télévisé plus lisible. Il aide aussi à atténuer certaines saccades perçues sur les dalles modernes. Le problème apparaît quand cette fluidité est appliquée à un film dont la cadence fait partie du rendu. Les mouvements perdent alors la texture visuelle associée à la projection en salle.

Ce décalage est connu sous le nom d’« effet feuilleton », traduction de « soap opera effect ». Dans une vidéo publique diffusée en 2018, Tom Cruise et le réalisateur Christopher McQuarrie parlaient de « video interpolation, or motion smoothing » pour inviter les spectateurs à vérifier ce traitement avant de regarder un film chez eux.

Pourquoi l’image peut sembler artificielle

La sensation de vidéo bon marché ne vient ni de la définition 4K ni de la qualité de la dalle. Elle naît surtout d’une cadence apparente plus élevée. Un mouvement initialement découpé en 24 instants devient très continu, comme s’il avait été capté pour un direct télévisé plutôt que pour une projection.

L’algorithme peut aussi se tromper. Une chevelure devant un décor détaillé, des gouttes de pluie ou un objet traversant rapidement le cadre compliquent l’estimation. Il arrive alors que des halos, déformations ou déchirures brèves apparaissent autour des sujets. Ces défauts changent d’intensité selon le téléviseur et le niveau choisi.

Il faut distinguer ce traitement de la fréquence de la dalle. Un écran 120 Hz peut afficher chaque image d’un film en 24p cinq fois, sans en inventer de nouvelle. Couper l’interpolation ne revient donc pas à brider automatiquement le téléviseur ni à perdre sa résolution.

Le bon menu dépend du modèle

Les chemins changent d’une année à l’autre, et parfois après une mise à jour. Il vaut mieux ouvrir les réglages pendant la lecture du film, car un appareil peut mémoriser des paramètres différents pour chaque entrée, chaque application ou chaque format HDR.

  • Sur un Samsung, chercher Clarté de l’image, Picture Clarity ou Auto Motion Plus, puis tester « Désactivé ».
  • Sur un LG, ouvrir les options avancées liées à la netteté ou au mouvement et placer TruMotion sur Off, ou réduire De-Judder si un réglage fin est proposé.
  • Essayer le mode Filmmaker, Cinéma ou Cinema, tout en contrôlant ensuite que l’interpolation est bien coupée sur ce modèle précis.

Les intitulés « Naturel », « Fluide » ou « Mouvement cinématographique » ne recouvrent pas toujours le même dosage. Un curseur de réduction du flou peut en outre agir différemment du curseur anti-saccades. La méthode la plus fiable reste de modifier un paramètre à la fois, puis d’observer un panoramique et les contours d’un personnage.

Un choix d’image, pas une règle universelle

Désactiver l’interpolation est souvent préférable pour retrouver le mouvement voulu dans un film, mais le réglage n’est pas mauvais par nature. Certains spectateurs sont sensibles au judder du 24p et tolèrent mieux un niveau très faible. Le sport et quelques contenus vidéo peuvent également bénéficier d’une fluidité accrue.

Le mode Jeu mérite un traitement séparé. Il réduit généralement les calculs afin de limiter le retard entre la manette et l’écran ; réactiver une interpolation lourde peut augmenter cette latence. Là encore, le comportement dépend de la gamme et des options consacrées au jeu.

Si l’image paraît trop lisse, inutile de toucher d’abord à la netteté, au contraste ou à la température des couleurs. Un essai de quelques secondes avec le traitement du mouvement désactivé suffit souvent à identifier la cause. On peut ensuite conserver un profil réservé aux films et un autre pour le sport, sans imposer le même rendu à tous les programmes.